samedi 21 décembre 2013

Entretien avec Jean-Michel Vernochet

Les Egarés
 
Entretien avec Jean-Michel  Vernochet

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier (BVoltaire.fr)


• Vous venez de consacrer un livre au wahhabisme séoudien, « Les Égarés »*. Vous y dressez le parallèle entre cette doctrine à vocation mondialiste et le capitalo-protestantisme américain, lui aussi à vocation messianique. Vous pouvez résumer ?

• Si le protestantisme des descendants du Mayflower peut être légitiment considéré, plus comme un antichristianisme qu’une simple déviance du christianisme (théorie de la prédestination, pour les hommes, comme pour les USA avec leur théorie de la “destinée particulière”, toutes deux blasphématoires d’un point de vue théologique), le wahhabisme séoudien peut-il être lui aussi tenu comme une sorte d’anti-islam ?

• Ryad et Washington sont alliés de longue date, mais ne seraient-ils pas aussi les meilleurs ennemis du monde ? Avec le rapprochement d’avec Téhéran, les USA sembleraient-ils comprendre que ce jeu est aussi un jeu de dupes ?

• Quelle est la position d’Israël dans cette affaire ? D’ailleurs, Tel-Aviv a-t-il tout simplement une position sur le sujet ?

http://editions.sigest.net/page00010156.html

 
1 – Un exercice périlleux. Pour un comparatif détaillé de l’éthique de l’hypercapitalisme - reflet d’un univers mental situé à la confluence de l’Ancien Testament et de la  sélection des espèces - avec le fondamentalisme musulman, je vous renvoie à la lecture des « Égarés » ! Mais en quelques mots disons qu’il existe des similitudes frappantes entre le wahhabisme et le puritanisme judéoprotestant. Wahhabisme qui, rappelons-le, est la religion d’État de ces deux ogres géopolitiques que sont aujourd’hui le Qatar et l’Arabie séoudite. Un exemple. Chacun aura noté le juridisme dévorant qui de nos jours caractérise la société américaine. Dans celle-ci tous sont censés obéir à de véritables catalogues d’interdits. C’est un pays parcouru de lignes jaunes sauf en quelques domaines bien précis où l’anarchie est quasi de rigueur, tels la sexualité sans contrainte ni limites. Coluche a su décrire de façon lapidaire cette dérive prohibitionniste de nos sociétés en voie d’américanisation accélérée : « Tout ce qui n’est pas spécifiquement autorisé est interdit. Et tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire ». Suivant cet ordre d’idées, le wahhabisme n’est qu’un long code d’obligations et de sanctions balisant de façon totalitaire l’existence des croyants sauf celle, bien entendu, des princes de ce monde autorisés à de nombreux écarts. Mais derrière le corset juridique que reste-t-il ? Une absence de morale véritable, un monde déserté par toute transcendance où le crime devient licite dès  lorsqu’il est commis au nom de Dieu… ou de l’idole démocratique. Nous le voyons en Syrie où les salafo-wahhabites mènent une guerre sauvage au nom des principes divins avec jusqu’ici, la bénédiction de l’Occident postchrétien.

2 – Dès lors qu’aux purs tout est pur, la foi ne s’actualisant plus dans les actes, il suffit de “croire” pour  devenir presque inaccessible au péché. Ici l’on peut se demander s’il existe encore un Dieu pour les deux théologies déviantes et puritaines dont nous parlons ? Car si Dieu ne juge plus les actes de la vie courante mais l’adhésion à une foi abstraite, l’accomplissement scrupuleux des rites - parce qu’ils sont prescrits, mais non par nécessité du cœur -  alors ce qui fait l’essence du message divin a bel et bien disparu. Ainsi un Sixième pilier de l’Islam, l’obligation cachée que serait la “conversion des mécréants par tous les moyens” y compris la force, la violence et le meurtre, rend licite des comportements proprement antinomiques au Message coranique. En cela le wahhabisme incarne aux yeux de l’Islam traditionnel et populaire, le Dajjal, la Fausse-semblance, l’équivalent pour les Chrétiens de l’antéchrist. Notez que les mécréants à convertir sont en premier lieu les musulmans eux-mêmes. Maintenant je vous laisse effectuer les comparaisons qui s’imposent avec les conversions forcées des États laïques arabes aux mirifiques vertus de l’économie de marché “pure et non faussée”.

3 - Ryad et Washington sont alliés de longue date. Oui certes. Depuis février 1945 et le Pacte du Quincy conclut entre Ibn Séoud  et Roosevelt à son retour de Yalta et du partage du monde avec Staline et Churchill… « Pétrole contre Protection ». Mais le pacte vient de se rompre. Il a volé en éclat le samedi 31 août lorsqu’Obama a annoncé son renoncement à toute intervention armée en Syrie. À partir de là le Département d’État ouvrait la porte au dialogue avec Téhéran. Un mois plus tard, à l’issue de l’Assemblée générales de Nations Unies le 28 septembre, le président américain s’entretenait directement par téléphone avec le nouveau président iranien Rohani rompant ainsi un silence de 35 ans. Depuis Ryad, Paris et Tel-Aviv ne décolèrent pas. Conclusion si ce « jeu est un jeu de dupes » il l’est avant tout pour ceux, Turquie comprise, qui avaient vendu la peau de l’ours syrien avant de l’avoir tué.

4 – Israël n’a dit son dernier mot. Les mauvais esprits pensent que les positions intransigeantes de M. Fabius au premier tour des négociations de Genève Iran vs Occident exprimaient les discrets desiderata du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou. Peut-être n’avaient-ils pas tout à fait tort. Entretemps la crise Centrafricaine s’est ouverte. Paris, déjà isolé sur terrain, ne saurait se passer maintenant de la logistique de l’armée américaine. Il a bien fallu en rabattre et remettre les exigences israélo-françaises dans la poche avec le mouchoir par dessus. Mais si Israël qui dans cette affaire marche de concert avec Riyad, a perdu la première manche, il lui reste maintenant les six mois couvrant l’accord intérimaire pour reprendre la main en compromettant des espoirs de paix si longtemps attendus par une communauté internationale las de guerres aussi inutiles qu’ignominieuses.

* Editions Sigest, 2013

mercredi 18 décembre 2013

Ayvazyan's book reviewed by Raffaele D'Amato

Review by Raffaele D'Amato
of Armen Ayvazyan's latest book
in Medieval Warfare  (2013, volume III-6)

 

 cliquer sur le lien pour le compte rendu http://fr.scribd.com/doc/191249507/Review-by-Raffaele-D-Amato

Le dernier livre d'Armen Ayvazyan "Les Forces Militaires Arméniennes dans l'Empire Byzantine" a été très favorablement commenté par Raffaele d'Amato dans la revue spécialisée Medieval Warfare.

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Medieval Warfare 111-G 55 :

Reviews

Dec.2013



The Armenian Military in the Byzantine Empire.

Conflict and Alliance under Justinian and Maurice.

ISBN: 978-2917329399 Author: Dr. Armen Ayvazyan Pages: 12 8

Publisher: Editions Sigest

Address of Publisher: http://editions.sigest.net

Reviewer: Raffaele d'Amato

ARMENIAN MILITARY BYZANTINE EMPIRE





Dr. Ayvazyan has written a good book, in which episodes, places and the names of the protagonists in Armenian history and their relations with Byzantium between the sixth and the early seventh century are described with extreme precision.

The book, splendidly introduced by Ilkka Syvanne, is divided into two parts. The longer first part deals with the insurrection of the Armenian army against the Imperial power of Justin­ian in AD 538-9, culminating in the Battle of Avnik and the escape of the Armenian rebels into Sassanid Persian territory. The chief protagonist in this rebellion was Prince ('Nakharar') Artabanes Arshakuni, one of Justinian's generals who, before and after the rebellion, played an important role in the Roman Imperial army. Ayvazyan skillfully introduces the very complex situation in Armenia, divided between the two superpowers of Rome and Persia, but defended by a mainly ethnie army driven by pride and feelings of national independence. He explains that the rebellion was staged by a Roman army mainly composed of Armenians against the oppressive behaviour and taxation of the Imperial governor Acacius.

In the first chapter, Ayvazyan touches on the reasons for the revolt. In the second chapter, dealing with the geopolitical situation of Armenia, he reconstructs the various phases of the confrontation between Artabanes and the rebels on one side, and Justinian's general Sittas, probably also an Armenian and sent by the Emperor to put down the insurrection, on the other. The third chapter presents a very good reconstruction of the Battle of Avnik, in which Sittas was killed and the Imperial army defeated. Ayvazyan's detailed analysis, notwithstanding the paucity of the sources and the scarce historical evidence, is impressive in the richness of the notes and quotations, and shows his encyclopedic knowledge of the period - which characterizes the whole book.

Alter narrating the end of the rebellion - when the Armenian forces withdrew into Persarmenia, offered their service to the Sassanian king, and subsequently spontaneously returned to the Roman side - Ayvazyan analyses the tactics of the Armenians and compares them with their previous exploits against both Romans and Sassanians. He concludes that the favourite tactics were often (a) retreat and the engagement of the enemy in the rugged terrain of Armenia, combined with a transition to counter-offensive; (b) combat in the highlands of Armenia, which was easier for the native warriors; or (c) the premeditated killing of the enemy commandera. He also demonstrates the great reputation that the Armenians enjoyed as fighters, both from Romans and Persians.
In the second part of the book, Ayvazyan analyses the reasons for the omission of the Armenians from the emperor Maurice's list of the empire's enemies, in his famous military treatise, the Strategikon (a topic also discussed by Ayvazyan in Medieval Warfare II-4). He demonstrates the existence of a general prejudice towards the Armenians inside the Roman empire, beginning in the classical age and continuing up to the Middle Ages, because of their fierce and independent character and their strong national identity. Nonetheless, the main reason for the omission is that, during the reign of Maurice, the Armenians were a strong element of the Roman military, and so it would have been totally inappropriate to present them (even those still fighting under Sassanian command) as enemies of the empire, especially in a field manual for officers, many of whom were themselves Armenians.

What I have really appreciated in this book is the author's clear and impartial analysis of the spirit of Armenian warriors fighting inside and outside the military machine of the Roman Empire. He demonstrates the prejudice to which Armenians were sometimes subjected, like the conspiracy of Emperor Maurice who, writing to Koshrow II, King of the Persians, proposed that they remove the Armenian military class and resettle it in remote areas of the Roman and Sassanian empires. But, on the other hand, he underlines the importance that Armenians had in the Byzantine army of the sixth and seventh centuries (and also later). This was especially true after the loss of the Balkans to the Slave and Avare in the early seventh century, which compelled the Empire to find its manpower in Anatolia and Armenia. He also underlines how often the Armenians were proud to be Roman generals, although their land was subjected to imperial control.

There are some important references to the military equipment of the Armenians, who acted mainly as heavy cavalrymen, but were also well-organized as infantry, archers and peasant levy. The only disappointment are the illustrations of codices and miniatures that are unrelated to this period. Maybe it would have been more informative to see some of the carved reliefs from the fifth-seventh century that are still visible on the Armenian churches of the period, or some interesting miniatures from manuscripts representing Armenian warriors of the saure period. On the other hand, the maps are detailed and, especially in the minute description of the campaign of Sittas versus Artabanes, fill a gap in the military cartography of the Roman north-east frontier during these two centuries.

Dr. Ayvazan's book is clear proof of how important it is for historians to analyse and narrate their own land's history. They are able not only, thanks to their local knowledge, to shed new and clear light on the terminology of places and protagoniste, but also to identify socio-cultural elements, often ignored by the general historian, that are very important for a better understanding of general history.
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Vous pouvez commander le livre chez votre libraire, chez les sites spécialisés ou chez l'éditeur. http://editions.sigest.net/page0001015a.html

 

Publié en anglais en 2012 chez Sigest, le livre avait reçu un accueil très enthousiaste dans les pays anglophones. La première édition de la version anglaise étant presque épuisée une nouvelle édition est prévue dans le premier trimestre 2014.

http://editions.sigest.net/page0001013f.html